eausauvageVraiment, quel plaisir !
J’ai dévoré ce petit bout de livre un sourire presque permanent aux lèvres, situation tout à fait cocasse dans les transports en commun dont j’use et abuse en ce moment. Au diable les regards franchement étonnés ou lancés à la dérobée que je surprenais parfois en relevant la tête pour reprendre mon souffle et resituer la phrase dans un contexte plus personnel. Car on ne manque pas de se retrouver dans les situations familiales que décrit finement Valérie Mréjen : repas de famille pesants, "fiancés" que les parents cherchent à connaître sous un angle que l’on n’a pas envie d’aborder, manque de communication… On espère juste être encore du côté des enfants…

Il faut lire ce livre dans un souffle pour en ressentir dans sa plus ample plénitude son rythme. Ainsi, phrase après phrase de cet étrange monologue (les réponses de la narratrice n’apparaissent pas et le texte n’en a que plus de puissance), la personnalité du père se dévoile, s’affine : tantôt attachant, tantôt insupportable, et avec lui toute une génération de parents (je situerais l’action à la fin des années 70) qui voit sans comprendre leurs enfants chercher un autre sens à leur vie, s’attacher à d’autres valeurs.

Titre : Eau sauvage | Auteur : Valérie Mréjen | Editeur : Allia   -  (zazieweb 26/04/2004)

De courts extraits, pour l'ambiance :

"Allô! Tout va bien, ma chérie? Non parce que j’ai vu ce matin dans le journal qu’un immeuble a brûlé dans le XIe et comme tu es dans le XIIe j’ai pensé à toi en me disant que c’était peut-être chez toi.

Ça va ma chérie? Tu te plais? Ça t’apporte quelque chose? Tu t’amuses bien, tu sors un peu? Tu te fais des amis? C’est une expérience positive? C’est bien. Je suis content de t’entendre.

Allô! bonjour ma chérie tu vas bien? Je t’ai téléphoné hier, mais ça ne répondait pas. Ah! tu étais sortie.

Allô! j’essaye de t’appeler sur le fixe, mais ça sonne occupé. Ah! tu es en ligne. Alors rappelle-moi quand tu auras fini."