Un éclair foudroyant que l'on prend dans le plexus dès les premières lignes, et qui ne vous lâche pas tant que vous n'arrivez pas à la dernière page. Vous ne pouvez pas. Vous êtes harponnés par le talent de Javier Cercas. Vous savez qu'il faudra le suivre jusqu'au bout de son histoire, que tout ce qu'il est possible de dire vous sera dit sur Rodney Falk, vétéran du Viet-Nam, professeur d'espagnol au lourd passé, et son amitié avec un aspirant écrivain espagnol qui pourrait être Cercas lui-même qui vient enseigner dans la même université d'Urbana aux Etats-Unis - ville où un ennui palpable baigne les rues.

"A_la_vitesse_de_la_lumiereA la vitesse de la lumière" est un livre sur la capacité des hommes à engendrer le mal, mais à l'inverse de films ou livres de guerre qui exposent hémoglobines et scènes insupportables sous nos yeux, sous prétexte de montrer la réalité, ici l'horreur est sous-tendue, on l'approche par cercles successifs. Cercas déchiffre le long mécanisme qui peut faire passer un étudiant pacifiste à un tueur se prenant pour Dieu dans chacun de ses crimes, lorsque son univers n'a plus rien d'humain, que tous ses repères ont sauté. Dès lors, la réhabilitation dans la vie quotidienne n'est plus possible, les fantômes toujours rattrapent Rodney, l'enfer toujours est présent.

En parallèle, l'histoire du narrateur, devenu écrivain célèbre, cynique et suffisant, les rapports à l'écriture et au succès, jusqu'à la tragédie personnelle qui le fait sombrer et partir à la recherche de Rodney 17 ans après leur première rencontre.

Les rapports psychologiques sont menés avec une rare finesse, une belle intelligence. Après "Les soldats de Salamine", "A la vitesse de la lumière" affirme Javier Cercas comme un superbe écrivain.

Auteur Javier Cercas - A la vitesse de la lumière  -  littérature espagnole - (notes prises en février 2009)