julio_cortazarQuand nous étions gosses, on l'appelait le troittor
et ça lui plaisait qu'on l'aimât.
Sur son dos patient nous avons dessiné
tant de marelles.

Plus tard, déjà crâneurs, claquant des talons,
nous tournions en bande autour des rues
en sifflant fort pour que la blonde
de l'épicerie se montre à la fenêtre.

Un jour se fut mon tour de partir très loin
mais je n'ai jamais oublié les troittors.

Ici ou là-bas, je les sens dans mes semelles 
comme la caresse fidèle de ma terre.

Julio Cortàzar - Crépuscule d'automne - Les trottoirs - Editions José Corti p. 74