une_histoire_de_laCe livre est une mine d'or ! Alberto Manguel approche la lecture par toutes ces facettes, rien ne lui échappe, et il le fait d'une manière sublime et avec une grande sensibilité. Il y recense et analyse tout ce que l'on voudrait savoir et dont on n'aurait même pas imaginé la question.

Au fil des siècles, dans le monde entier, tout ce qui a attrait à la lecture se retrouve dans ce livre. Erudition impressionnante d'Alberto Manguel, sept ans de travail passionné consacré à cet essai, et le résultat pour nous : une merveille, qui se lit en plus avec une grande facilité. Rien à craindre donc de ces quelques 500 pages, c'est du bonheur assuré !

Juste un exemple parmi des dizaines d'autres : comment la lecture est devenue silencieuse, intime, seulement à partir du Xème siècle en Occident, et comment ce fait a impliqué un changement total dans la perception des mots, la liberté. Un chapître entier rien que sur ce thème.

Et Manguel aborde ainsi les fous de la censure, le trafic de livres, la transformation des formats jusqu'à notre livre de poche actuel, la plus grande et plus ancienne bibliothèque recensée au monde, les traductions, la mémoire collective, les premières fois où on a lu assis, etc, etc, et tout cela de façon tout à fait originale, et souvent en trois phases : l'Histoire, l'analyse qu'il en tire, et son expérience personnelle de lecteur et d'écrivain.

Extrait :

"Ce que Constantin a découvert, en ce lointain Vendredi saint et à jamais, c'est que la signification d'un texte est amplifié par les capacités et les désirs du lecteur. Face à un texte, le lecteur peut transformer les mots en message qui résout pour lui une question sans rapport historique avec le texte ni avec son auteur. Cette transmigration du sens peut enrichir ou appauvrir le texte ; invariablement, la situation du lecteur déteint sur le texte. Par ignorance, par conviction, par intelligence, par ruse et tricherie, par illumination, le lecteur récrit le texte avec les mots de l'original mais sous un autre en-tête, il le recrée, en quelque sorte, du simple fait de lui donner une existence."

Une histoire de la lecture, Lire l'avenir, p. 303