francoise_doltoSi ce regard sur l'enfance de Françoise Dolto éclaire fortement sur sa vocation précoce (dès 8 ans) de "médecin d'éducation", ce témoignage recueilli, par sa fille Catherine, nous offre aussi un intéressant panoramique de la vie française dans une famille bourgeoise entre 1908 et 1932.

Les "gens bien", l'autorité, l'arrivée de l'électricité, la première guerre mondiale, les "fiançailles", le problème des études pour les filles, les domestiques, toute cette vie étriquée et basée sur l'apparence sociale a étouffé des générations entières. On a parfois du mal à se représenter cet écart effroyable entre les adultes et les enfants. Instructif.

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Extrait :

"Dans le famille de Papa, ce qu'on mangeait de bon, elles, ma grand-mère ou ma tante, l'avaient fait exprès pour nous, alors que, dans la famille de Maman, ce qu'on mangeait n'avait pas d'importance parce que c'était fait par des domestiques. On était touché par l'oralité dans la famille de Papa, parce que c'étaient des personnes qu'on aimait qui faisaient la cuisine pour nous faire plaisir. Dans la famille de ma grand-mère maternelle, on était beaucoup plus touchés par le décorum et les rituels que par la consommation elle-même, puisque ce n'était pas elle, la famille qui faisait la cuisine. Elle la commandait à des gens qu'elle payait ; de l'autre côté c'était fait par les personnes elles-mêmes. Il y avait là quelque chose de très touchant pour l'enfant, très affectif. Mais on était étonnés de voir que Maman n'était pas aimée dans la famille de Papa et que la famille de Papa n'était pas aimée de Maman. On y allait avec Papa, mais Maman n'y venait pas, une fois sur deux, elle s'inventait une bonne excuse parce qu'elle les trouvait "ordinaires", pas "vulgaires", précisait-elle, mais "ordinaires".

Auteur : Françoise Dolto - Titre : Enfances - Editions du Seuil