cantatriceEn 1992, commencent les années, courtes, où Jean-Luc Lagarce est reconnu par le public et par les professionnels. Son succès est grandissant au moment où sa santé décline. Ce sont des heures et des jours de travail acharnés, le plongeon à corps et âme perdus dans l'écriture, les répétitions, les spectacles. De son vivant, ce seront ses adaptations de grands classiques qui lui vaudront cette reconnaissance. Ses propres pièces connaitront un succès croissant après sa mort.

Je continue à mettre des extraits de ce deuxième tome, même s'il est difficile de choisir, parce que c'est beau et émouvant, parce que, égoïstement, c'est une partie de ma mémoire de lectrice que je peux retrouver facilement ; parce que, et là plutôt par empathie avec d'autres amateurs de Jean-Luc Lagarce, c'est ce que j'aurai aimé pouvoir lire lorsque je ne pouvais pas m'offrir ce livre.

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" Le succès et ma côte m'obligent à des débats étranges... On me parle comme si j'étais un petit génie alors que je ne suis qu'un pauvre homme un peu perdu."


A propos de la "Cantatrice chauve" de Ionesco (photo plus haut) :

"Bonne dernière.

Madame Ionesco et sa fille sont venues. C'était un peu effrayant, cette toute vieille dame, toute minuscule, au second rang.

Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles ont beaucoup aimé le spectacle. Elles étaient très enthousiastes et semblaient avoir beaucoup aimé le parti pris (télévision, les fins inédites...).


A propos du "Malade imaginaire" de Molière :

"Beaucoup de travail. C'est le spectacle - la pièce -  le plus difficile peut-être que j'aie monté, incapable que j'étais ou que je suis, de réunir la pièce, ce qu'elle dit et ce que je veux dire.

On est loin du compte.

Beaucoup, beaucoup de travail. Je travaille quinze heures par jour. On me fait à l'hôtel chaque matin une piqûre. On voulait m'hospitaliser, je n'ai pas voulu. Piqûre à domicile non plus. A l'hôtel.

Ma piqûre subie, je pars travailler. Je rentre à 1 heure du matin. Je suis un monstre avec ma propre personne, mon propre corps. Je ne m'aime pas. Je n'ai pas d'inclinaison pour moi-même.

Quelques garçons me laissent des messages sur mon répondeur à Paris. Je ne rappelle pas. Seul le spectacle, jusqu'à l'étourdissement, me préoccupe et m'emporte."


... et la solitude, toujours :

"Je suis triste, solitaire, mais c'est très vivable (plus que d'être en groupe)".

"Souvent, très souvent, je m'endors en me racontant quelque nouvelle histoire très romantique et c'est triste, cette petite folie."

Auteur : Jean-Luc Lagarce - Titre : Journal 1990 - 1995 - Edition Les Solitaires Intempestifs