9214101141A 150 pages de la fin du Journal de Jean-Luc Lagarce, je ralentis la lecture, et l'entrecoupe d'autres livres : c'est que j'ai envie de poursuivre cette "rencontre", de prolonger ce chemin avec lui, sa troupe, ses tourments et ses moments heureux.

Dans ces cahiers, Jean-Luc Lagarce continue à relater son travail solitaire d'écriture (théâtre, textes courts), celui socialement plus engagé de metteur en scène et meneur de troupe, les tournées avec le succès qui s'affirme, les lectures, la résistance à la maladie, l'actualité (Sarajevo, le Rwanda...), les films sortis dans ces années-là...

On découvre la naissance de pièces comme, en 1994, "Nous, les héros" : l'écriture, les lectures sur France Culture, le choix des acteurs, des théâtres pour la tournée... (j'ai pu voir cette pièce, il y a deux ans à Avignon, avec une mise en scène très belle, des acteurs superbes). Et cette même année, il écrit simultanement "J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie tombe".

Extrait :

"Ai avancé sérieusement sur "J'étais dans ma maison...". Devais il est vrai rendre le texte le 27 mai (!). Cela a avancé, oui, mais on peut se demander ce que c'est. Dans des délais moins imbéciles, aurais pu écrire une belle et bonne chose, et là, ce sera juste un texte assez bien mené (j'espère) mais pas une pièce. Plus une sorte de succession de textes... On verra.

Très longue et chaleureuse lettre des Editions de l'Arche à qui j'avais envoyé le texte de "Nous, les héros". Ils disent le plus grand bien de la pièce, qu'ils seraient prêts à l'éditer, mais... que leur calendrier pour l'année est "désespérement" bouclé, et qu'ils attendent les suites qu'aurait la pièce au théâtre si elle était montée. (Rassurant car c'est une bonne raison et triste sur mon éternel echec.)"

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"Longue conversation avec Irina Dalle sur un texte qu'elle a écrit et m'a donné à lire (je ne l'ai pas aimé et lui ai dit les raisons : elle renonce dès qu'un abîme se présente et s'enfuit chaque fois qu'une feuille pourrait devenir dangereuse).

Bonne conversation ceci dit - et elle a dit à François le lendemain en avoir été heureuse - sur l'écriture, les "processus" de l'écriture.

Belle personne, toujours (et ce soir-là d'une beauté "tout court"...). (De toute façon, il est trop tard pour oser avouer à ma mère que j'aime les femmes...).

Auteur : Jean-Luc Lagarce - Titre : Journal 1990 - 1995 - Editon Les Solitaires Intempestifs