les arpenteursJe ne crois pas que cela me soit déjà arrivé : terminer un livre et ne toujours pas savoir s'il m'a vraiment plu ou non !  "Les arpenteurs du monde" recoupe la vie extraordinaire de deux personnages scientifiques, extravagants, à la fin du XVIII siècle, et leurs voyages incroyables dans le nouveau monde : le géographe naturaliste Alexander von Humboldt (1769–1859) et le mathématicien Carl Friedrich Gauss (1777–1855).

Le livre est très bien écrit, l'auteur est d'une grande érudition, mais quelque chose me gênait. Je pense que c'est cet humour froid qui caractérise le livre, et les phrases courtes et laconiques qui créaient une distance entre les personnages et le lecteur.

J'ai rarement mis autant de temps à lire un livre, 4 mois dans lesquels j'ai glissé bien d'autres œuvres, mais je reprenais volontiers là où je m'étais arrêté (il ne me serait pas venu à l'idée d'en abandonner la lecture). L'extravagance des personnages me plaisait, mais leur amour forcené pour les sciences me dépassait et donnait un ton un peu sec que je ne pouvais digérer qu'à faible dose. Etrange expérience de lecture.

A noter la très belle couverture, détail d'un tableau d'Heloisa Novaes, ("l'autre rive"), femme peintre brésilienne installée à Paris.

Le livre a eu, et a toujours, un succès mondial avec plus d'un million d'exemplaires vendus.

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Extrait - Le voyage (première page) :

En septembre 1828, le plus grand mathématicien du pays quitta, pour la première fois depuis des années, la ville où il résidait, afin de participer au Congrès allemand des naturalistes à Berlin. Bien évidemment, il ne voulait pas y aller. Il s'y était refusé des mois durant, mais Alexander von Humboldt était resté inflexible jusqu'à ce que, dans un moment de faiblesse et dans l'espoir que ce jour ne vînt jamais, il eût accepté.

Pour l'heure, donc, le professeur Gauss se cachait dans son lit. Quand Minna l'invita à se lever en lui disant que la voiture à cheval l'attendait et que la route était longue, il se cramponna à son oreiller et tenta de faire disparaître sa femme en fermant les yeux. Lorsqu'il les rouvrit pour constater que Minna était toujours là, il lui dit qu'elle l'importunait, qu'elle était bornée, et faisait le malheur de ses vieux jours. Comme cela non plus ne servit à rien, il rejeta sa couverture et posa les pieds sur le sol.

Auteur : Daniel Kehlmann - Titre : Les arpenteurs du monde - Editions Actes Sud Babel