rien-ou-poser-sa-tetePolonaise et juive, ayant fait ses études à Paris, Françoise Frenkel a monté et tenu de 1921 à 1939, la première librairie française à Berlin, jusqu’à ce que ce ne soit plus tenable et qu'elle soit contraint de quitter l'Allemagne.
C’est l’exode, à Paris d’abord, puis Avignon, Vichy et Nice pour fuir la France de Pétain. Puis les tentatives de passages en Suisse.
Françoise Frenkel raconte, sans une plainte, parfois avec humour, dans une écriture vive et très moderne, la prison, les rafles, son parcours, mais aussi tous ceux qu’elle a croisés, des collabo, des justes ou des gens ordinaires.
Un livre sorti une première fois en 1945 en Suisse, et redécouvert et publié en France en 2016 je crois, on le trouve en poche maintenant.
A noter, une préface de Patrick Modiano qui rajoute du plaisir à cette superbe lecture.

Extrait (1er chapitre) :

"Souvenir de l'apparition d'un chef à la face de robot, face où la haine et l'orgueil étaient si profondement marqués qu'elle était morte à tout sentiment d'amour, d'amitié, de bonté ou de pitié... Et autour de ce chef à la voix hystérique, une foule fascinée capable de toutes les violences et de tous les meurtres ! Vision de la naissance de cette monstrueuse et toujours grandissante termitière humaine qui s'étalait rapidement dans tout le pays avec un sinistre grincement de métal, termitière à l'incalculable potentiel de forces collectives."

Françoise Frenkel - Rien où poser ma tête - Edition Gallimard