lamentation_du_prepuceTout l'humour juif new-yorkais d'un Philippe Roth (avec son Complexe de Portnoy), ou d'un Woody Allen, dans ce livre autobiographique de Shalom Auslander, sorti en 2007 aux Etats-Unis.

Dans les années 70-80, Shalom est élevé dans le culte d'un Dieu terrible, colérique, autoritaire et sans pitié pour ceux qui font un écart à toutes les contraintes d'une religion hyper orthodoxe juive dans laquelle baignent sa famille et son entourage.

Une famille déglinguée auprès de laquelle il ne peut avoir aucun soutien, une religion omniprésente et destructrice, et Shalom tombe dans une paranoïa aigüe vis-à-vis de son Dieu. Une peur maniaque le poursuivra jusqu'à l'âge adulte, malgré son intelligence, sa culture, sa conscience de cela : car toujours au-dessus de lui, se tient un Dieu effrayant avec lequel il entretient un étrange rapport, tour à tour l'insultant ou craignant un châtiment divin.

Avec, bien sûr, l'indispensable psy pour accompagner l'auteur dans ce désordre :
"- Vous pensez réellement que Dieu vous punit ? s'est étonné le Docteur Hirsh.
Sa naïveté était sidérante.
- Je ne le pense pas, je le sais!"

Puis vient la naissance du fils, et la question posée : quel sort doit-on réserver au prépuce de son enfant ?

C'est terriblement drôle, tendre et cruel !

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Extraits :

"Ma famille essuyait des tempêtes , elle aussi, et la haine habitait les coeurs. Après avoir vu mon père essayer de tuer mon frère avec la table de Shabbat, je me suis assigné le rôle de baromètre familial,  devenant le Noé du 7 Arrowhead Lane qui guettait sans cesse les systèmes dépressionnaires  en formation dans l'atmosphère du foyer. Notre maison était un pavillon de banlieue qui attirait sur lui les pires tornades. Dès que les nuages se chargeaient de bile au plafond de notre salle à manger et que des rafales dévastatrices  balayaient notre table - Arrêtes de baisser la tête, disait par exemple mon père à mon frère, les poings crispés de chaque côté de son assiette, que tu voies ce qui va te tomber dessus -, je sautais de ma chaise, j'allais me planter devant eux et le spectacle commençait."

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"- C'est dingue. On croirait que j'ai été victime de violences sexuelles.

- Tu as été victime de violences théologiques, corrige Orli. C'est bien pire"

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"Cher Dieu,

Ne tue pas mon fils pendant l'accouchement. Et ne tue pas ma femme pendant l''accouchement non plus. Et ne le tue pas après la naissance. Et je T'en prie, donne lui une bonne santé et ne joue pas à des conneries comme de lui donner l'air malade rien que pour m'effrayer.Je sais que je Te fais chier mais Toi aussi, tu me fais chier, alors gardons ça entre nous deux, d'accord ? Merci"

Auteur : Shalom Austander - Titre : La lamentation du prépuce - Editions 10 18 domaine étranger