adieu_la_vie,_adieu_l_amourMon premier Juan Marsé, et c'est certain, il y en aura d'autres. Ecriture splendide, poétique et puissante, qui sert à merveille les histoires emmêlées des bas-fonds de Barcelone pendant les dernières années du sinistre règne de Franco.

Une bande de gamins dans des ruelles sordides d'un quartier détruit maintenant, dont un des jeux est de se raconter des "aventoches" qui se mêlent à la réalité, impossible d'extirper le vrai du faux, qu'importe. D'autres jeux plus lugubres, des anarchistes, des indics, des religieuses, des voyous, des orphelines, des prostituées... des silhouettes qui croisent leur destin, se séparent.

C'est noir, c'est beau, c'est tendre aussi, ça grouille de vies, d'amour, de destins brisés. On peut se sentir perdu dans ce flot humain, ne plus savoir qui est qui dans cette splendide polyphonie, se tromper de fil d'Ariane, mais toujours on est emporté, embarqué avec un talent fou !

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Extrait :

 Comment pouvaient-ils jouer à se leurrer, échanger tant de mensonges, qu'est-ce qui les poussait, où étaient-ils ce jour-là ? Je ne sais pas, ma soeur. Il y avait tant d'endroits. Je les revois, assis sur les marche du Parc Güell, ou à cheval sur le dragon en céramique des escaliers, se tenant par la taille, nu-pieds et poussant des cris de guerre, ou bien errant sur les terrasses du quartier comme des chats de gouttière affamés, avachis sur les trottoirs à côté de leurs étalages improvisés d'illustrés et de romans d'occasion, quémandant quelques sous pour le sana du père Alegre, ou des pastilles pour la toux au dispensaire du Centre de Bienfaisance...

Auteur : Juan Marsé - Titre : Adieu la vie, adieu l'amour - Edition Christian Bourgeois